Actualité
MAINTIEN DU MONOPOLE : CONSENSUS POLITIQUE
Le maintien du monopole de dispensation des médicaments en officine semble aujourd’hui faire consensus. Interpellés par l’Union des groupements de pharmaciens d’officine (UDGPO), plusieurs sénateurs et députés UMP et Nouveau centre* se sont ainsi « engagés à ne pas apporter leur soutien à la vente de médicaments sans ordonnance en grande surface », indique son président, Daniel Buchinger. Au parti socialiste, on ne dit pas autre chose. Dans un entretien avec « le Quotidien du Pharmacien » avant le premier tour de l’élection présidentielle (édition du 5 avril), François Hollande rappelait son attachement au monopole pharmaceutique. « Le médicament n’est pas un produit anodin et sa dispensation doit obéir à un certain nombre de règles », déclarait celui qui, depuis dimanche dernier, est devenu le nouveau président de la République.
QUOTIPHARM.COM, LE 10/05/2012
* Il s’agit notamment de Jean-Paul Emorine (Saône-et-Loire), Michel Zumkeller (territoire de Belfort), Michel Grall (Morbihan), Lucien Degauchy (Oise), Jacques Le Guen (Finistère), Guy Lefrand (Eure), Gilles D’Ettore (Hérault) et Claude Leteurtre (Calvados).
L'Officine prépare sa révolution
Confrontée à une crise économique sans précédent, l’officine est contrainte d’évoluer. Plusieurs événements sont en passe d’amorcer ce changement. L’évolution du mode de rémunération en cours, l’accompagnement de certains patients, l’implication dans la coopération interprofessionnelle, ou encore la possible création de sociétés holdings sont en effet de nature à modifier profondément l’exercice pharmaceutique.
LE MONDE de l’officine est en proie à de profonds changements. Son modèle économique est, en effet, sur le point d’être radicalement réformé avec l’arrivée d’un nouveau mode de rémunération. La nouvelle convention avec l’assurance-maladie introduit le principe d’une rémunération mixte comprenant une part d’honoraires et une part de marge commerciale. Celle-ci se mettra progressivement en place à partir de 2013, confirme le directeur général de l’UNCAM*, Frédéric van Roekeghem. Un paiement à la performance pour la substitution générique ou l’accompagnement de patients chroniques verra également le jour.
Face à la baisse des prix et des volumes des médicaments délivrés en officine, le modèle actuel a vécu. D’autant que la tendance devrait encore s’accentuer dans les prochaines années, comme le prévoit le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), Philippe Gaertner. D’ailleurs, les principaux candidats à l’élection présidentielle ont d’ores et déjà prévenu que, une fois à l’Élysée, ils poursuivraient les politiques de pression sur les prix et de réduction des prescriptions. L’officine n’a donc pas d’autre choix, elle doit se réformer.
La fin d’un monde.
Toutefois des perspectives existent. C’est en tout cas le sentiment de Francis Mégerlin, maître de conférence à la faculté de pharmacie de Paris Descartes : « C’est la fin d’un monde, ce n’est pas la fin du monde ». « Il faut passer à un autre modèle », estime également Olivier Delétoille, expert-comptable. Pour lui, c’est en période de crise que l’on trouve d’autres revenus d’activités, même s’il pense que, comme dans tout changement, il y aura des perdants et des gagnants. Claude Le Pen, professeur d’économie à Paris Dauphine, considère pour sa part qu’il existe deux stratégies pour s’en sortir : développer d’autres activités que la dispensation ou trouver des gains d’activité.
Quoi qu’il en soit, la nouvelle convention est l’occasion de franchir une étape. Car une chose semble acquise, l’évolution de la rémunération s’accompagnera d’un élargissement du champ d’action du pharmacien. Cette convention « nous considère comme des professionnels de santé au-delà de la dispensation », se félicite Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). « La mise en place de nouvelles missions, sans l’opposition des médecins, est possible, mais par étapes », précise de son côté Frédéric van Roekeghem. Le ministre de la Santé est plus optimiste. Invité à présenter le programme santé du candidat Sarkozy lors de Pharmagora, Xavier Bertrand en est sûr, le rôle de l’officinal sera renforcé dans les cinq ans qui viennent. « Les pharmaciens ne deviendront pas des médecins, mais ils auront un véritable rôle de complémentarité », souligne-t-il. Plus largement, le ministre estime que la nouvelle convention sera« un vrai succès » et marquera « une révolution douce ». « Dans vingt ans, l’officine fonctionnera toujours sur les bases de cette convention », affirme Xavier Bertrand.
Le capital en question.
Autre changement à venir annoncé par l’actuel ministre de la Santé : la publication avant le premier tour de l’élection présidentielle du décret permettant la création de holdings de pharmacie ou société de participations financières de profession libérale (SPF-PL). Certains voudraient aller plus loin. Claude Le Pen estime ainsi que la notion de propriété des officines est un sujet qui devra être abordé. « C’est le prochain défi que l’officine aura à relever », affirme l’économiste de la santé, pour qui l’ouverture du capital a sauvé l’hospitalisation privée. Pascal Louis, président du Collectif national des groupements de pharmaciens d’officine (CNGPO), plaide, lui, en faveur d’une réorganisation du réseau. « Sur le médicament remboursable, qui représente 80 % de notre activité, nous n’avons plus rien à gagner et nous cherchons désormais à ne pas perdre, argumente-t-il. En revanche, sur l’organisation du réseau, tout reste à faire. » Et le président du CNGPO de reformuler sa proposition de pharmacies succursalistes, comme cela existe en Allemagne. En clair, un pharmacien pourrait détenir quatre officines. Mais pour cela, il faudrait qu’un titulaire ne soit plus obligatoirement propriétaire de la pharmacie où il exerce.
La SISA, nouvel outil économique.
Au-delà des projets à venir, la participation des officinaux dans les sociétés interprofessionnelles de soins ambulatoires (SISA) est, elle, devenue une réalité. Un décret paru au « Journal officiel » du 25 mars donne en effet le feu vert aux SISA. Il s’agit d’un nouvel outil économique qui permet la coordination entre différents professionnels de santé, rappelle en substance Brigitte Bouzige, vice-présidente de l’USPO. Prévues par la loi Fourcade du 11 août 2011, les SISA offrent la possibilité à certains professionnels de santé, dont les pharmaciens, d’exercer en commun les activités de coordination thérapeutique, d’éducation thérapeutique ou encore de coopération interprofessionnelle. Et de percevoir, en contrepartie, une rémunération, qui « vient en complément de l’activité libérale », précise Brigitte Bouzige. En pratique, les acteurs de la SISA établissent un projet de santé répondant à un protocole très rigoureux. Ce projet est ensuite visé par l’agence régionale de santé (ARS) concernée qui accorde des fonds (souvent par patients) pour le mener à bien. Les participants à la SISA décident ensuite du montant de rémunération qu’ils accordent à tel ou tel professionnel de santé membre de la société.
On le voit, la période de crise actuelle est propice aux changements. Avec la nouvelle convention et le futur décret sur les holdings, les pharmaciens sont en mesure de dessiner l’officine de demain.
CHRISTOPHE MICAS
*Union nationale des caisses d’assurance-maladie
D’après différents débats du salon Pharmagora des 24,25 et 26 mars 2012.
Le Quotidien du Pharmacien du 29/03/2012
L'automédication
Le marché de l’automédication va croître de 1 % par an d’ici à 2015
Le marché français de l’automédication devrait croître de l’ordre de 1 % par an en valeur d’ici à 2015, après une hausse de 2 % en 2011, selon une étude du cabinet Xerfi. Cette croissance est « modeste, mais notable, dans un contexte de pressions sur le pouvoir d’achat (-0,3 % par ménage en 2012) et d’atonie des ventes de médicaments de prescription », souligne Xerfi. L’étude relève que le marché de l’automédication « peine à trouver son rythme de croissance » en dépit de la mise en place du libre accès dans les officines pour près de 300 médicaments, et réagit surtout aux mesures de déremboursements. Selon Xerfi, de nombreux déremboursements de médicaments pour service médical rendu (SMR) insuffisant « se profilent en 2012 et début 2013 ». Après le déremboursement de 80 médicaments, en décembre 2011, « une seconde vague est attendue en ce début d’année », ajoute le cabinet. Xerfi pointe aussi le rôle de l’évolution des comportements des différents acteurs. « Le recours à l’automédication s’installe peu à peu dans la mentalité des Français » et ce secteur s’affirme « comme un levier de croissance non négligeable » pour les pharmaciens. D’autre part, les grands laboratoires pharmaceutiques « sont à la recherche de relais de croissance », face au ralentissement des ventes de médicaments remboursables et aux chutes de brevets de produits phares. Le développement des activités Santé grand public est ainsi « un objectif prioritaire des poids lourds du secteur », comme Sanofi, BMS ou Novartis, estime Xerfi. Enfin, les complémentaires santé contribuent aussi au développement de l’automédication avec des offres de prise en charge de médicaments non remboursables, indique l’étude, qui mentionne MMA, Swisslife, Malakoff Médéric, Alptis et la GMF.
QUOTIPHARM.COM, LE 21/02/2012
Nouvelles dispositions des regroupements
Les Nouvelles dispositions des regroupements
De nouvelles règles concernant les regroupements de pharmacies et les procédures de rachat-destruction de licences (portées par l'article 74 du PLFSS 2012) ont été définitivement adoptées par l'Assemblée nationale le 29 novembre 2011. Les modifications apportées sont les suivantes : dans les communes de plus de 2 500 habitants qui disposent déjà d'une pharmacie, l'ouverture d'une nouvelle pharmacie par transfert est possible à raison d'une autorisation par tranche entière supplémentaire de 4 500 habitants. Le nombre de 3 500 est ainsi relevé à 4 500.La période de comptabilisation des licences regroupées en sus de la licence accordée à un regroupement n'est plus de cinq ans mais de douze ans. Les « achats-fermeture » dits encore « achats de zone de chalandise » sont dorénavant soumis à l'avis de l'Agence Régionale de Santé, et ne doivent pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente de la commune ou du quartier concerné.
La rétrocession
LE QUOTIDIEN DU PHARMACIEN (30 JANVIER 2012)
La rétrocession dans l’œil du cyclone
Les pouvoirs publics souhaitent mettre fin à la rétrocession en officine, démarche non-autorisée par le code de la santé publique. Tandis que les syndicats de pharmaciens plaident au contraire pour une légalisation de cette pratique, certains confrères ont déjà opté pour des solutions leur permettant de respecter la réglementation actuelle.
LA RÉTROCESSION de produits entre pharmaciens est dans le collimateur de la Direction générale de la santé (DGS). Il faut dire que, bien que largement répandue, cette pratique n’a jamais été considérée comme licite au regard du code de la santé publique (CSP). Les textes sont clairs. D’une part, l’officine est l’établissement affecté à la dispensation au détail des médicaments ou des produits autorisés à la vente en officine ; d’autre part, le pharmacien ne peut légalement exercer une activité de grossiste-répartiteur. Tout cela n’est pas nouveau en réalité. Mais, sous l’effet de la crise, de plus en plus de confrères optent pour ce mode d’achat susceptible de faire gagner des points de marge. Ainsi, face à l’explosion de cette pratique, la DGS a décidé de rappeler à l’ordre les intéressés. À la fin de l’année dernière, elle a écrit aux représentants de la profession pour leur remémorer les risques de sanction pénale encourus (jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amendes). Cet avertissement ne signifie pas pour autant la fin des achats groupés. En effet, il existe des solutions pour continuer de commander à plusieurs tout en restant dans les clous du CSP, telle la création d’une structure de regroupement à l’achat (SRA).
SRA ou GIE.
C’est l’option choisie par le groupement local Pharmatomic. Ses membres (vingt pharmacies aujourd’hui) envisagent en effet de créer une SRA, qui serait une filiale de la société mère. Le transporteur serait le grossiste-répartiteur commun à toutes les officines du groupement (le service est toutefois payant). Compte tenu des niveaux de commandes demandés par certains laboratoires pour bénéficier de bonnes remises, il apparaît nécessaire de mutualiser ses achats. Pour les marchés importants, Pharmatomic mène ainsi des négociations avec les fabricants afin d’obtenir des conditions commerciales s’appliquant à tous ses membres. En pratique, chacun d’entre eux passe sa commande directement auprès du laboratoire et est facturé aux conditions Pharmatomic. Lorsqu’aucun accord n’a pu être trouvé, le principe de la rétrocession est utilisé. Autrement dit, l’un des pharmaciens du groupement achète pour tout le monde. Prochainement, les Pharmatomic pourront s’appuyer sur une SRA. Une façon finalement assez simple et peu coûteuse de répondre à la réglementation, souligne Virginie Buisson, membre du groupement, installée à Morsang-sur-Orge (Essonne).
Patrick Appel, titulaire dans le 19e arrondissement de Paris, a, lui, déjà négocié le virage de la rétrocession. « Conscients du fait que la pratique devenait limite sur le plan légal, nous avons souhaité, avec quatre autres confrères, rentrer dans la norme en créant un groupement d’intérêt économique (GIE) », témoigne le pharmacien. Ainsi, depuis le 1er janvier 2012, les commandes négociées par les cinq titulaires auprès de quelques laboratoires choisis, passent par le GIE. Les livraisons et les factures parviennent en revanche directement à chacune des officines. « Ce nouveau cadre nous permet de rester dans les clous tout en continuant de bénéficier de conditions commerciales avantageuses », souligne Patrick Appel.
« Nous n’avons pas attendu la remise en cause de la rétrocession pour nous structurer en GIE », déclare pour sa part Thierry Varin. Le titulaire de la pharmacie du Rocher à Saint-Mandé (Val-de-Marne) et une douzaine de confrères ont décidé, il y a plus de 3 ans, de regrouper leurs achats au sein d’une structure « plus transparente et mieux identifiable par les fournisseurs ». Pourquoi pas une SRA ? « J’ai bien été tenté par l’offre d’un grossiste qui permettait de profiter de sa plate-forme de répartition, mais la mise en place m’a paru un peu plus lourde et complexe eu égard aux avantages attendus », confie Thierry Varin.
SRA ou GIE, chacun trouve sa façon de se conformer à la loi. Les syndicats d’officinaux ne semblent pas, pour leur part, convaincus du bien-fondé de ces structures. Ils plaident plutôt en faveur d’une légalisation pure et simple de la rétrocession.
DIDIER DOUKHAN ET CHRISTOPHE MICAS
LE QUOTIDIEN DU PHARMACIEN (30 JANVIER 2012)